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Serge Alain NITEGEKA

Cargo Sans titre (self portrait) Sans titre (self portrait)

Né en 1983 au Burundi. Depuis 2009, il poursuit ses études pour obtenir une licence en Beaux-Arts à l’University de Witwatersrand à Johannesburg. Récompense : 2008 Prix Robert Hodgins, Johannesburg.

Un absent omniprésent. Texte de Virginie Andriamirado (Africultures) :

A la place de l’oeuvre que Serge Alain Nitegeka aurait dû présenter dans le cadre de l’exposition internationale au musée Théodore Monod, une simple feuille de papier A4 sur laquelle on peut lire : « Je suis très désolée de vous informer que je ne pourrai pas être au Dak’art 2010. Je n’ai pas pu avoir de document de voyage. J’ai tout essayé depuis que j’ai su que j’étais sélectionné. Je ne réalise pas rater cette occasion ».

Installé depuis sept ans en Afrique du Sud où il espère pouvoir obtenir, à terme, le statut de réfugié, Serge Alain Nitegeka a dû quitter son pays, le Burundi où il est né en 1983. Contraint à l’exil, il est arrivé en Afrique du Sud après un long périple depuis son pays natal.

Actuellement inscrit en master of Fine Arts à l’université de Witwatersrand à Johannesburg, l’artiste, déjà repéré par certaines galeries sud-africaines, a obtenu le prix Robert Hodgins en 2008 (1).

Fortement marqué par son parcours personnel et par les souvenirs qui l’ont conduit à s’exiler, Serge Alain Nitegeka travaille depuis deux ans sur le thème de l’exil, explorant divers supports comme la peinture et la sculpture, qu’il intègre à ses installations et à ses performances. Imprégné de ses souvenirs personnels qui deviennent ceux de tous les exilés forcés, son approche s’inscrit dans une démarche de restitution de la mémoire individuelle et collective. Les grandes caisses de bois sur lesquelles il peint de douloureux portraits et autoportraits en hommage aux exilés, étaient justement celles qui avaient été retenues pour l’exposition internationale de Dak’art 2010.

Tragique ironie du sort, le permis temporaire qui l’autorise depuis sept ans à travailler et à étudier en Afrique du Sud ne lui permet pas de voyager hors du pays, le contraignant à renoncer à sa participation au Dak’art. Par un symbolique geste de solidarité, le jury de la Fondation Jean-Paul Blachère lui a décerné, le 10 mai, l’un des cinq prix qu’elle distribue dans le cadre du Dak’art. Ce prix attribué dans le cadre d’une biennale d’envergure internationale a bien sûr une résonance particulière.

En faisant résonner l’absence de Serge Alain Nitegeka, il souligne la tragédie de l’exil et la difficile circulation des artistes africains hors de leurs frontières. Si l’oeuvre de Serge Alain Nitegeka n’aura pas été présente au Dak’art 2010, sa parole aura été entendue. « Je ne réalise pas rater cette occasion ». Derrière la sobriété de ces mots, se lisent les déchirements de l’artiste et le drame de tous les condamnés à l’exil.

Dak'Art 2010 du 7 mai au 7 juin 2010, Dakar Senegal | Contact | News | Plan du site |  RSS 2.0 |