PAVILLON NATIONAL

LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

QUATRIÈME TEMPS : LE TEMPS COMME MATIÈRE VIVANTE

Commissaire : Steve Bandoma

Le temps ne se réduit pas à une succession d’événements ni à une chronologie linéaire, il constitue une matière vivante traversée par les mémoires, les résistances, les transformations et les possibilités de devenir. Quatrième temps, thématique choisie pour le Pavillon national de la République démocratique du Congo à la 16e Biennale de Dakar, propose une traversée de l’histoire et de la création artistique congolaises, depuis les héritages fondateurs jusqu’aux interrogations contemporaines.

L’exposition construit une lecture fondée sur quatre notions essentielles : la mémoire, la résistance, l’invention et une quatrième, la conscience, qui déplace l’expérience vers le visiteur lui-même. Ces quatre moments ne correspondent pas à des périodes historiques strictement délimitées : ils se répondent, se prolongent et parfois se contredisent.

I. Les Pionniers : inscription d’une mémoire

Le premier temps invite à considérer les héritages qui ont contribué à constituer les langages de l’art congolais, ainsi que les différentes manières dont les générations successives les ont reçus, interprétés et transformés.

La notion de pionnier ne désigne pas uniquement une antériorité chronologique : elle renvoie aussi à la capacité d’ouvrir des voies, de renouveler les références. À travers les démarches de Pilipili Mulongoy, Mwenze Kibwanga et André Lufwa, cette séquence met en évidence la diversité des formes, des sensibilités et des recherches qui ont marqué l’histoire artistique congolaise. L’héritage n’est pas envisagé comme une tradition immuable, mais comme une matière active que chaque génération peut réinterpréter.

Les archives de Baudouin Bikoko réunissent des photographies historiques témoignant de la vie quotidienne avant et après l’indépendance. Elles rappellent que l’histoire de l’art ne se construit pas uniquement à partir des œuvres, mais également à travers leur documentation, leur conservation, et leur circulation.

II. La Résistance : tenir, répondre, transformer

Avec Catheris Mondombo, Hilary Balu et Barly Baruti, le deuxième temps s’intéresse aux tensions qui traversent les sociétés, les récits et les expériences individuelles. La résistance y est envisagée comme une relation active aux contraintes, aux déséquilibres et aux formes de pouvoir qui influencent notre manière d’habiter le monde.

Résister ne signifie pas seulement s’opposer à une force extérieure. Cela peut aussi consister à préserver une mémoire menacée, à maintenir une parole, à remettre en question une représentation dominante.

Dans le champ artistique, elle se manifeste autant dans les sujets abordés que dans les choix formels, les matériaux, les images et les récits. Une œuvre peut déplacer les habitudes de perception, questionner les représentations du corps, faire émerger une histoire marginalisée. La résistance ne signifie pas nécessairement la victoire, pas plus qu’elle ne se confond systématiquement avec la résilience. Elle désigne d’abord la capacité de maintenir une position, de préserver une possibilité d’action ou de transformer les conditions dans lesquelles une expérience peut être exprimée.

III. L’Invention : déplacer les possibles

Le troisième temps est consacré à l’invention, à l’expérimentation et au renouvellement des formes. À travers les démarches de Maurice Mbikayi, Godelive Kasangati et Jean Katambayi Mukendi, l’exposition explore les possibilités ouvertes par la transformation des matériaux, des objets, des techniques et des imaginaires.

Inventer ne signifie pas nécessairement créer à partir de rien. L’invention peut naître du détournement d’un objet, de la modification de son usage, de la rencontre entre plusieurs systèmes de connaissance. Elle consiste à déplacer les cadres habituels de compréhension afin de faire apparaître d’autres possibilités.

Les œuvres invitent à considérer la création comme un processus de recherche. L’objet artistique devient un lieu de rencontre entre matière, technique, fonction et pensée.

Cette perspective rejoint les interrogations de la Biennale de Dakar autour de l’(anti)fragilité et des stratégies du contrecoup. Face aux contraintes et aux instabilités, la création peut proposer des opérations de recomposition, de détournement et de réinvention. Mais cette dynamique ne s’achève pas dans les œuvres : elle conduit le visiteur à interroger sa propre conscience.

IV. Le Temps immatériel : le miroir comme seuil

Au terme du parcours, un grand miroir accueille le visiteur. Le regard, jusque-là dirigé vers les créations d’autrui, revient vers celui qui observe.

Ce déplacement ouvre le quatrième temps consacré à l’immatériel. Le miroir constitue un seuil symbolique entre l’expérience des œuvres et la conscience de celui qui les regarde.

L’image renvoyée est immédiate, mais elle ne révèle qu’une partie de l’individu. À ce qui devient visible répond donc tout ce qui demeure invisible.

Le miroir invite ainsi le visiteur à prolonger intérieurement la traversée de l’exposition. Que recevons-nous, Congolais en particulier et tout le monde en général, des générations précédentes ? Comment répondons-nous aux ruptures et aux tensions du présent ? Et quelles formes de pensée, de relation et de transmission, Congolais en particulier et tout le monde en général, souhaitons-nous contribuer à construire ?

NATIONAL PAVILION OF THE DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

FOURTH MOVEMENT: TIME AS LIVING MATTER

Curator : Steve Bandoma

Time cannot be reduced to a succession of events or a linear chronology. It is a living substance, traversed by memories, resistance, transformations and possibilities of becoming. Fourth Movement, the theme chosen for the National Pavilion of the Democratic Republic of the Congo at the 16th Dakar Biennale, proposes a journey through Congolese history and artistic creation, from its founding legacies to contemporary concerns.

The exhibition unfolds around four essential notions: memory, resistance, invention and, finally, consciousness, which shifts the experience towards the visitor. These four movements do not correspond to strictly defined historical periods: they echo one another, extend into one another and, at times, contradict one another.

I. The Pioneers: Inscribing Memory

The first movement invites us to consider the legacies that have shaped the languages of Congolese art, and the different ways in which successive generations have received, interpreted and transformed them.

The notion of the pioneer is not simply a matter of chronological precedence: it also refers to the ability to open new paths and redefine existing references. Through the practices of Pilipili Mulongoy, Mwenze Kibwanga and André Lufwa, this section highlights the diversity of forms, sensibilities and artistic explorations that have marked the history of Congolese art. Heritage is understood not as an immutable tradition, but as a living resource that each generation can reinterpret.

Baudouin Bikoko’s archives bring together historical photographs documenting everyday life before and after independence. They remind us that art history is shaped not only by artworks themselves, but also by their documentation, preservation and circulation.

II. Resistance: Endure, Respond, Transform

Featuring Catheris Mondombo, Hilary Balu and Barly Baruti, the second movement explores the tensions that run through societies, narratives and individual experiences. Resistance is approached as an active engagement with the constraints, imbalances and structures of power that shape the ways we inhabit the world.

To resist is not merely to oppose an external force. It may also mean preserving a threatened memory, sustaining a voice or challenging a dominant representation.

Within artistic practice, resistance manifests itself as much through the subjects addressed as through formal choices, materials, images and narratives. An artwork can unsettle established ways of seeing, question representations of the body or bring marginalised histories to light.

Resistance does not necessarily imply victory, nor is it always synonymous with resilience. Above all, it refers to the capacity to maintain a position, preserve the possibility of action or transform the conditions under which an experience can find expression.

III. Invention: Expanding the Realm of Possibility

The third movement is devoted to invention, experimentation and the renewal of artistic forms. Through the practices of Maurice Mbikayi, Godelive Kasangati and Jean Katambayi Mukendi, the exhibition explores the possibilities opened by transforming materials, objects, techniques and imaginaries.

To invent does not necessarily mean to create from nothing. Invention can emerge from repurposing an object, transforming its function or bringing different systems of knowledge into dialogue. It involves shifting established frameworks of understanding to reveal new possibilities.

The works invite us to consider artistic creation as a process of inquiry. The artwork becomes a meeting ground for matter, technique, function and thought.

This perspective resonates with the Dakar Biennale’s exploration of (anti)fragility and counter-shock strategies. Faced with constraints and instability, artistic creation can offer ways of reconfiguring, repurposing and reinventing. Yet this dynamic does not end with the artworks themselves: it also invites visitors to question their own position.

IV. Immaterial Time: The Mirror as Threshold

At the end of the exhibition, visitors encounter a large mirror. Their gaze, until now directed towards the creations of others, turns back upon themselves.

This shift opens the fourth movement, devoted to the immaterial. The mirror becomes a symbolic threshold between the experience of the artworks and the consciousness of those who contemplate them.

The reflected image is immediate, yet it reveals only part of the individual. What becomes visible is therefore accompanied by everything that remains unseen.

The mirror invites visitors to continue the exhibition’s journey within themselves. What do we inherit from previous generations, as Congolese people in particular, but also as human beings more broadly? How do we respond to the ruptures and tensions of the present? And what forms of thought, relationships and transmission do we wish to help build, both within Congolese society and beyond?