PROJET DE RECHERCHE INTERNATIONAL
ATELIERS DE TROUBLES EPISTEMOLOGIQUES (ATE)
Musée d’art africain Théodore Monod (IFAN) – École des beaux arts de Nantes Saint-Nazaire

Le musée d’art africain Théodore Monod de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire
(IFAN) de l’université de Cheikh Anta Diop (Dakar), en partenariat avec l’École des
beaux-arts de Nantes Saint-Nazaire, présentera durant la 14ème Biennale de l’art
africain contemporain en mai-juin 2020, un projet de recherche intitulé Ateliers de
troubles épistémologiques (ATE).

En bref :
Articulant recherche, production et enseignement, ce projet revisite les notions de patrimoine, savoirs et théories de la connaissance. Il est conçu comme une dynamique de travail originale menée à partir des collections du musée, qui s’incarne en la création d’œuvres (arts plastiques, danse, poésie, slam…) dialoguant avec les champs scientifiques et des savoirs traditionnels délaissés voire déconsidérés
(botanique, médecine, architecture, linguistique, pratiques spirituelles, etc.), et initiant des collaborations avec de nombreux acteurs de la société sénégalaise. Les œuvres réalisées seront présentées dans le cadre d’une exposition collective intitulée Ateliers de troubles épistémologiques (ATE) au Musée Théodore Monod en mai-juin 2020. Le processus de travail se manifestera aussi en ateliers (journées d’études, soirées de l’oralité, projections de films, édition).

Le projet :
En ces temps de transformations auquel est confrontée l’humanité, il est important de modifier nos manières de penser et de fabriquer le monde. Ateliers de troubles épistémologiques est à relier à des projets d’artistes et de chercheurs qui ont exploré les nombreuses questions liées aux collections et archives conservées dans les musées ethnographiques des anciens empires coloniaux. L’historiographie des discours scientifiques, des dispositifs muséographiques et des politiques de

conservation ou de médiation est discutée. Ses préoccupations s’intensifient avec les débats actuels sur les restitutions des objets spoliés particulièrement intenses depuis la publication du rapport Felwine Sarr / Bénédicte Savoy commandé par le président de la république française E. Macron (23 nov. 2018). Dans les pays du sud, des intellectuels, des artistes, des militants invitent l’Occident à se décentrer et à mettre à l’épreuve les sciences humaines conçues par l’épistémè moderne occidentale afin de faire surgir les potentialités de nouvelles approches épistémologiques. Le projet Ateliers de troubles épistémologiques cherche à intensifier au sein du Musée Théodore Monod d’art africain de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire/Université Cheikh Anta Diop un espace de croisement de savoirs
(scientifiques, populaires) et de démarches artistiques. Les œuvres produites par les artistes invités réinterrogeront ses collections sensibles (Lange), à la lisière de plusieurs mondes, histoires et conflits et inviteront à penser une série de questions :
Qu’en disent aujourd’hui les détenteurs/praticiens et praticiennes de savoirs traditionnels (botanique, médecine, mathématiques, architecture, linguistique, artisanat, art…) ? A quelles philosophies, pratiques, conceptions de l’humanité (Descola, Kodjo Grandvaux), de l’être social et collectif et de ses liens au vivant, étaient rattachés ces artefacts ? Comment penser autrement ces traditions (Wiredu,
Eboussi -Boulaga, Hountondji) et inventer de nouvelles formes et situations pour relire, préserver, valoriser, réactiver, déplacer les patrimoines qui ont du sens pour les communautés locales plurielles, qui sont en lien avec leurs réalités contemporaines et leur permettraient d’agir sur le futur ? En abordant ces sujets depuis Dakar, Ateliers de troubles épistémologiques (ATE) participe d’un dialogue qui permet une recherche commune des chercheurs et artistes du Nord et du Sud. Conçus comme une dynamique collective internationale et prospective réunissant artistes, théoriciens, dépositaires de différents savoirs,
acteurs divers de la société sénégalaise (anciens, étudiants, jeunes réalisateurs ou jeunes danseurs de la banlieue dakaroise), ces ateliers sont pensés comme des espaces d’expérimentation engendrant différents niveaux de coproduction. Le Musée T. Monod, espace ressource au cœur de la société et de certaines de ses problématiques, sera appréhendé comme une plate-forme laboratoire créative, un
espace de production de savoirs collectifs transdisciplinaires, d’interprétations multiples, de récits, permettant de relier les collections au patrimoine vivant de tous les jours, de penser les relations avec la création contemporaine, de mettre en lumière différentes pistes esthétiques, scientifiques, de réfléchir aux enjeux auprès des communautés, d’inventer de nouveaux usages au sein du musée afin de faire surgir des possibles, des hypothèses, des imaginaires, des spéculations pour penser le monde à-venir.
Les évènements :
– Exposition collective Ateliers de troubles épistémologiques (ATE) au Musée Théodore Monod en mai-juin 2020.
– Soirées de l’oralité et soirées de projections de films réunissant de multiples voix (conteurs, slameurs, poètes, danseurs…) dans l’espace Xrambel du jardin du musée.
– Atelier/journée d’étude.
– Une édition réunira des articles témoignant de la pratique de la recherche conduite par les participants, des récits interrogeant de manière directe ou détournée les formes normalisées de production, de classification et de distribution du savoir, mettant en lumière des zones d’ombres de l’historiographie en s’intéressant à son hors champ, en élargissant la focale d’observation. La multiplication des récits conduira à une approche critique permettant de varier les perspectives, de décloisonner des savoirs, d’offrir une pluralité de voix, de générations et de formats.

Ce projet de recherche conçu par El Hadj Malick Ndiaye (docteur en histoire de l’art, conservateur du musée T. Monod) et Emmanuelle Chérel (docteure en histoire de l’art, HDR, école des Beaux-Arts Nantes Saint-Nazaire) est rattaché au Centre de Recherche Nantais Architectures Urbanités de l’école nationale supérieure d’architecture de Nantes.