A la Biennale de l’Art africain contemporain de Dakar, sous l’impulsion du Secrétaire général Marième Ba, le temps est à la reprise de l’initiative après le report en 2020.

Résilience. C’est dans cet esprit que la quatorzième édition de la Biennale de l’Art africain contemporain , initialement prévue en mai 2020, va se tenir du 19 mai au 21 juin 2022 à dakar sous le thème « Ĩ NDAFFA #/ Forger/Out of the fire ». En raison de la crise sanitaire, la biennale a été reportée pour se tenir en 2022 avec la même sélection et un programme légèrement revu. Ce sera sous la direction artistique de l’historien de l’art, Docteur El Hadji Malick Ndiaye.

En allitérant son titre, explique le Directeur artistique, la prochaine biennale se projette dans un mouvement qui respecte sa vision du même tout en étant autre. Si elle maintient l’idée première de la quatorzième édition de la biennale, souligne El Hadji Malick Ndiaye, elle illustre un monde translaté et parallèle suite à la pandémie du Covid-19. Au regard de l’historien de l’art, le récit de la pandémie a soulevé de multiples questions liées au respect de la nature et à l’autonomie des sociétés africaines. Dans son propos, le Directeur artistique estime que la crise a été le contexte d’un activisme social et artistique tant au niveau de la nécessité d’enfanter un nouveau monde pour résorber le déséquilibre, que le besoin de panser la psyché d’une humanité que le racisme n’a cessé de gangréner, suite à l’assassinat public de George Floyd. Toutefois, relève Docteur El Hadji Malick Ndiaye, cette édition 2022 de la biennale ne se concentre pas sur la pandémie du coronavirus, son discours ne change pas pour autant. En effet, argue-t-il, bien avant la crise engendrée par le Covid-19, le thème de cette biennale nous invitait à réinventer nos modèles, et la pandémie a rendu cette démarche impérieuse et urgente la nécessité de la penser. Les nouvelles structurations géopolitiques du monde redessinent les cartes et tendraient à rééquilibrer les forces. Dans ce contexte, remarque le critique d’art, les Etats africains subissent des dynamiques internes contradictoires. Aux yeux du Directeur artistique de la Biennale, l’activisme des sociétés civiles pour davantage de justice et de partage équitable des ressources, les consciences citoyennes émergentes, les plaidoyers au nom d’une révision des savoirs, l’appel à une autonomie monétaire et à une revalorisation des patrimoines, les défis écologiques et sociaux à géométrie variable placent le continent africain au seuil de nouvelles interrogations. Dans une liste non exhaustive de tous ces paramètres qui agissent nécessairement sur les reconfigurations en cours, , il semble utile de citer les exigences d’une jeunesse qui s’arme de plus en plus de technologies et qui demande une prise en compte plus conséquente. C’est dans ce cadre de transition vers un nouvel ordre, , que s’annonce la prochaine édition de la Biennale de Dakar qui nous invite à la forge d’un nouveau monde.

FORGER UN NOUVEAU MONDE

Pour le Directeur artistique du Dak’art 2022, Ĩ  NDAFFA# énonce donc deux impératifs : Refuser la forme telle qu’elle est donnée et Forger les sens qui sont encore informes. Refuser la forme telle qu’elle est donnée. Le verbe Forger dénote la transformation de la matière, le plus souvent du métal. C’est dire que forger contient un sens aujourd’hui tomber dans l’oubli : créer, imaginer et inventer. Le fait que du matériau résistant soit transformé par une torsion qui le déforme et l’oriente au point de vue du sens et de la forme, c’est à cela que le thème de cette édition nous invite. Bien évidemment, on nous invite à la désobéissance épistémique et à la subversion des modèles déjà servis. Ĩ NDAFFA# sonne comme une exhortation à créer un nouveau destin commun, un futur ensemble au moment où̀ le monde se recroqueville dans ses identités et particularismes, et plusieurs Etats derrière leurs murs et leur nationalisme. Sous le regard de El Hadji Malick Ndiaye, Ĩ NDAFFA# prend tout son sens à la Biennale de Dakar qui est dans une phase transitoire, à l’image du continent africain, devenu le lieu des futurs possibles. Forger les sens qui sont encore informes. L’Afrique est le continent qui a maitrisé la transformation du fer bien avant l’Europe et sa révolution industrielle. Cette perte de l’initiative était une reddition du savoir et de la science. L’invite à la forge est symboliquement celle d’une reprise de l’initiative.